Réflexions & histoires

Jouer, tout simplement – la force bienfaisante du jeu sans but

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Connais-tu ce sentiment, quand tu prends ton instrument et que cette voix intérieure est aussitôt là, qui demande : qu'est-ce que je travaille aujourd'hui ? Quel morceau vais-je aborder ? Où dois-je encore m'améliorer ?

Et pourtant, nous oublions parfois quelque chose de vraiment essentiel : que la musique n'est pas seulement un lieu d'apprentissage, mais aussi un lieu d'arrivée.

Et si tu prenais simplement le violon, sans plan, sans quota, sans morceau à apprendre, et que tu suivais seulement ce qui est en toi à cet instant ? Une mélodie qui surgit, une émotion qui veut prendre sa place, peut-être de la tristesse, peut-être de la légèreté, peut-être quelque chose que tu ne sais même pas encore nommer. Et tu la laisses simplement résonner, tu entres en résonance avec elle, tu l'intensifies peut-être même, puis tu la laisses repartir.

Ce jeu sans but n'est pas une perte de temps, mais une véritable réinitialisation du système nerveux ; et dans un monde qui demande sans cesse où mène une chose et ce qu'on peut en faire, ce moment de jeu pur est presque quelque chose de radical, parce que tu cesses de te juger, tu ne demandes plus ce que cela doit devenir, mais tu es simplement là, avec ton instrument, avec toi-même, avec ce qui est vraiment présent à cet instant.

Deux minutes peuvent suffire, quatre, cinq ; parfois en naît une mélodie qui reste, parfois rien que l'on puisse retenir, et les deux sont parfaitement justes ainsi.

Ce qui est beau, c'est que cela fonctionne avec n'importe quel instrument, le violon, le piano, la guitare ; partout où tu peux produire un son, tu peux aussi reprendre contact avec toi-même, non pas comme un musicien qui doit accomplir quelque chose, mais simplement comme un être humain qui est là, présent.

Moi-même, je l'oublie d'ailleurs sans cesse, et lorsque je m'y adonne malgré tout, cela me ramène très vite à moi-même. C'est au fond la manière ludique dont j'ai commencé à faire de la musique et à m'y confronter, et elle reste aujourd'hui encore la base de mon travail artistique : ce jeu libre qui, au départ, n'a aucun but exploitable, mais entre simplement en résonance avec soi-même.